Rives, comme les Rives droite et gauche de la capitale. Depuis 10 ans, la maison parisienne cultive un tailoring chic et urbain tout en proposant une approche décomplexée du sur-mesure. À l’occasion de cet anniversaire, Monsieur a rencontré ses fondateurs, Antoine Salmon et Sylvain Fischmann, pour un échange à leur image, smart et décontracté.

1/ Rives fête ses 10 ans. Quel regard portez-vous sur cette décennie de création ?
Sylvain Fischmann : Rives, c’est d’abord deux associés avec une vision commune mais deux personnalités très différentes. Antoine a une approche classique du tailoring, moi une sensibilité plus urbaine et décomplexée. C’est cette complémentarité qui fait l’ADN de Rives.
Antoine Salmon : Sans être un dandy, ni une fashion victim, j’ai toujours aimé « porter beau ». Grâce à la vision créative de Sylvain, nous avons trouvé cet équilibre entre le classique et la modernité. Dix ans plus tard, cette approche continue de nous guider.
2/ Pourquoi le sur-mesure comme terrain d’expression ?
SF : J’ai cette quête perpétuelle de l’objet parfait. Le sur-mesure permet de créer, avec un vrai savoir-faire, une pièce pensée pour soi, pour son quotidien et selon l’image qu’on souhaite véhiculer. Rien n’est plus abouti.
AS : Nous sommes tous deux fils de commerçants. Nous avons un sens du service et du client très poussé. Face à cette exigence, le sur-mesure est ce qu’il y a de plus pur. Nous ne sommes jamais contraints par le stock ou une collection à écouler. Notre conseil est sincère, selon la morphologie et le mode de vie du client. On va lui faire « le » vêtement qui lui correspond le mieux.
3/ Quelles sont vos inspirations ?
SF : La première, c’est l’air du temps. On se nourrit davantage de l’époque dans laquelle on vit que de la mode et des fashion weeks. En parallèle, nous explorons tout ce qui s’est fait avant. Nous sommes capables de remonter jusqu’au XIXe siècle. On aime autant s’inspirer du cinéma que de revenir aux origines du vêtement. On n’hésite pas non plus à puiser dans le vestiaire militaire. La fonctionnalité des pièces est essentielle car elle induit le confort. Cette démarche nous ramène sans cesse à la notion d’héritage.
AS : Nous ne nous contentons pas d’appliquer les codes traditionnels du tailoring. Notre objectif est de préserver ce savoir-faire tout en l’inscrivant dans un vestiaire contemporain.
4/ Où placez-vous le curseur de l’élégance dans cette modernité ?
AS : J’ai cette image des dandys du Pitti Uomo, très sophistiqués, mais qui peuvent paraître déguisés. Ce que nous recherchons, ce sont de beaux vêtements, des pièces qui donnent de l’allure et de la personnalité, sans jamais tomber dans la caricature, mais en restant ancrés dans la réalité du vestiaire et du quotidien.
SF : Nous aidons les clients à sortir de leur zone de confort parce que justement, il y a un monde entre le Pitti Uomo et le costume bleu marine. Beaucoup restent dans ce qu’ils connaissent par habitude ou parce qu’ils n’osent pas. Parfois, une simple variation de coupe ou de matière suffit à révéler une pièce qui leur correspond parfaitement. Nous emmenons les hommes vers un vestiaire plus travaillé tout en restant fidèle à qui ils sont.
5/ On sent chez Rives une grande liberté de création. Racontez-nous ?
SF : En effet, il y a, dans notre approche, un côté laboratoire. Chaque pièce réalisée pour un client est un prototype. Nous pouvons aussi imaginer une pièce pour une collection sans jamais prévoir de la proposer un jour, juste pour explorer. Cette liberté nous permet de tester sans arrêt des coupes, des matières et de concrétiser rapidement notre vision.
AS : Cette agilité est facilitée par nos outils de production. Notre atelier à la boutique permet de prototyper rapidement, tandis que notre atelier traditionnel à Porto, avec ses modélistes, sait répondre aussi bien aux demandes particulières des clients qu’à nos propres expérimentations.
6/ Jusqu’où va le sur-mesure chez Rives ?
AS : Toutes les demandes sont réalisables. Chaque pièce commence par une feuille blanche, imaginée avec le client, puis une sélection de tissus parmi les plus beaux. Nous ne revendiquons pas la grande mesure puisque nous ne sommes pas tailleurs mais proposons une « petite mesure » – ou « demi-mesure traditionnelle » – réalisée dans notre atelier à Porto. Cette méthode offre une plus grande liberté dans les possibilités stylistiques et une meilleure précision que la demi-mesure industrielle.
SF : Nous favorisons les tissus à la coupe, plutôt qu’en stock, pour laisser un choix maximal. Nous sommes en recherche permanente de nouvelles matières parfois plus techniques ou singulières comme le tencel, le ramie – à base d’ortie –, le denim japonais ou des tissus oubliés, comme des tweeds irlandais très confidentiels. Nous travaillons avec les plus grandes maisons mais n’hésitons pas à sortir des sentiers battus.
7/ Vos clients sont très fidèles. Certains posent même pour vos campagnes. Comment l’expliquez-vous ?
SF : Nous avons toujours privilégié le temps passé avec les clients plutôt qu’un enchaînement de rendez-vous. Plusieurs heures d’échange permettent de créer une vraie proximité. On parle de style, de complexes parfois. Cette relation devient parfois amicale. Nous avons des amis aujourd’hui que nous avons rencontrés parce qu’ils ont poussé la porte de la boutique.
AS : Malgré l’exigence de professionnalisme, il y a beaucoup de « coolitude » chez Rives. On a été très inspirés par nos parents et par une façon de recevoir, un luxe décontracté. Cela se ressent dans les relations qu’on tisse avec nos clients. Leur engagement dans nos campagnes le prouve. Douze d’entre eux ont été castés pour la prochaine, dédiée à La Nouvelle Vague. Ils sont fiers de poser pour nous et de porter du Rives. Nous n’avons jamais voulu nous présenter comme des « tailleurs » mais comme une maison qui rayonne par elle-même.
8/ Quelle est la signature maison ?
AS : Le vêtement Rives est épuré voire minimal. Nos costumes n’ont pas de boutons sur les manches, parfois pas de fente dans le dos, souvent un seul bouton recouvert de tissu devant. Le vêtement s’exprime dans sa plus pure expression. On retire tout ce qui est inutile pour ne s’intéresser qu’à la coupe, au tissu et surtout à la silhouette.
SF : Oui, la silhouette est au cœur de notre travail. Nous cherchons des lignes franches et précises en privilégiant la simplicité et la fonctionnalité plutôt qu’une accumulation de détails. Pour nous, l’élégance est une forme de sobriété. C’est d’ailleurs aussi notre définition du luxe.
Propos recueillis par Hélène Claudel
Rives Paris, 23, rue Pasquier, Paris VIII. Tél. : 01 40 07 05 52.
