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Chemise denim ou en chambray ?

On les confond souvent et pourtant, elles n’ont pas le même tissage. Dans les deux cas, la chemise denim et sa cousine en chambray se sont affranchis de leurs origines workwear pour devenir de nouveaux classiques urbains aussi chics que polyvalents.

© Alain Delorme

Quel est le point commun entre Clint Eastwood, Olivier Saillard, Luca Rubinacci et Lorenzo Cifonelli ? Quatre mousquetaires du style ? Oui mais pas seulement. Leur chemise en jean aussi. Chacun la porte à sa façon, de la plus authentique des versions à la plus élégante. Elle est la complice d’un charisme brut pour le premier, un uniforme minimaliste pour le second, le twist d’une veste en tweed pour le troisième et l’alliée d’un costume trois pièces pour le quatrième. Tous célèbrent sa polyvalence et ses multiples visages. Car si la version « Grand Ouest américain » avec ses coutures western reste indémodable, la chemise indigo sort désormais de sa zone de confort, loin de l’image des héros du Far West et des chercheurs d’or.

Denim plus sage

De nouveaux modèles ont vu le jour, conçus dans des tissus plus fins et plus doux, permettant de s’adapter à des tenues plus urbaines et distinguées. Dans les années 1990, certaines campagnes de publicité Ralph Lauren la présentaient déjà, dans un registre habillé, sous un blazer strict. Mais il était à cette époque inconcevable de la porter au bureau avec un costume – et une cravate n’y pensons pas. Épaisse et résistante, souvent extra large, elle était alors réservée au week-end, à la campagne ou aux sessions bricolage. On voyait néanmoins des artistes comme Gainsbourg, Renaud ou Bruce Springsteen l’arborer comme une signature stylistique.

La chemise en denim était rebelle. Aujourd’hui, elle est chic… et plus sage aussi. Du moins dans sa nouvelle version « tailoring ».

Des cow-boys aux workers

Depuis quelque temps en effet, de plus en plus d’élégants la plébiscitent, elle et sa cousine, la chemise en chambray. D’un côté, il s’agit d’un « denim léger », c’est-à-dire confectionné dans des fibres de coton plus fin que les chemises western classiques de Levi’s ou Wrangler. De l’autre, un tissu plus léger et respirant, indigo également. L’un est né sur le dos des cow-boys, le second sur celui des ouvriers américains – les fameux « cols bleus ». Deux chemises aux origines distinctes mais au destin croisé aujourd’hui.

La différence ? Le tissage

Le denim est un sergé, serré et résistant, présentant des côtes obliques. Le chambray affiche, quant à lui, une armure toile à côtes droites à l’élégant effet chiné. Dans les deux cas, le temps et les lavages sont de précieux alliés qui viendront les patiner et les embellir. Le fameux « fading », comme disent les « denim heads ». Les chemises en denim et en chambray sont faciles à vivre. Faciles d’entretien, puisqu’elles supportent les lavages en machine, faciles à porter puisque leur « bleu indigo », telle une couleur neutre, s’adapte à toutes les teintes. Avec un costume, ces chemises détournent les connotations trop « corporate » et apportent une allure plus décontractée, oserait-on dire plus « cool » ? Une tendance allant de pair avec l’assouplissement des codes du vestiaire masculin dans le monde du travail.

Essentiels permanents

Même Turnbull & Asser, le chemisier du roi Charles III, a fait entrer les chemises en denim et en chambray parmi ses essentiels permanents. Et certains créateurs comme Brunello Cucinelli les associent au smoking, pour une élégance du soir anticonformiste. C’est dire si ces chemises indigo sont montées d’un cran sur l’échelle du chic ! En raison de sa finesse et de sa souplesse, le chambray est souvent considéré comme plus sophistiqué et moins « workwear » que le denim, voire plus adapté à la confection de chemises.

La nouvelle chemise blanche 

Pour le chemisier parisien Daniel Lévy qui décline ce dernier dans de magnifiques cotons égyptiens et le très exclusif coton Sea Island, ce serait plutôt l’inverse. « Dans ces matières de haute qualité, le denim est visuellement moins rustique et moins estival que le chambray », explique-t-il. Depuis 3 à 4 ans, il a constaté une augmentation des demandes en mesure pour ces deux types de vêtements qui détournent un tissu utilitaire en une étoffe raffinée. À tel point qu’aujourd’hui il en est convaincu : « ces chemises et, a fortiori, celles en denim sont devenues le nouveau couteau suisse de la mode, de vrais classiques, et même, la nouvelle chemise blanche. »

Par Hélène Claudel

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Le Napolitain Luca Rubinacci, l’un des hommes les plus élégants d’Italie, affectionne particulièrement la chemise en jean. Elle constitue souvent la base de ses looks, que ce soit avec une veste ou un costume.