Longtemps ignoré puis sacralisé et devenu symbole divin ou royal, le bleu est aujourd’hui la couleur préférée de l’humanité. Que serait notre vestiaire sans le bleu ?
Dans l’histoire de l’humanité, le bleu était mal parti. Certes, le ciel et la mer étaient déjà bleus, mais en dehors de cela, rien d’utile ou de comestible dans la nature pour nos ancêtres n’était bleu. Le bleu n’avait pas de nom ! Aujourd’hui, il y en a des centaines qui couvrent une foule de nuances, du bleu ciel que les Anglais appellent baby blue ou bleu layette au bleu roi, marine, outremer, cobalt… parfois il seprend pour le noir, c’est le « blue black » ou « bleu nuit ».
Du costume habillé au pantalon préféré de l’humanité
Dans le vestiaire, il est la couleur du costume « habillé », le fameux costume bleu marine indémodable, irremplaçable, celle de la chemise Oxford buttondown – que celui qui n’en possède pas une, lève la main –, ou de celles en chambray ou en denim. Des chaussettes les plus faciles à porter, les mi-bas à côte en fil d’Écosse ou en laine. Des pardessus en cachemire et des parkas en nylon, des blazers croisés ou droits tristes avec des boutons noirs, lumineux avec des boutons dorés, de la casquette de marin et du caban, du béret basque mais surtout last but not least, des jeans qu’on appelait il n’y a encore pas si longtemps « Blue Jean ». Les pantalons préférés de l’humanité au XXIe siècle !
En fait, il n’y a que les originaux qui n’aiment pas le bleu. À ceux-là, sans doute d’anciens punks ou amateurs de Heavy Metal mais certainement pas de Blues, je dis « bye bye ».
Aux autres, suivez-moi sur les traces de cette couleur si profonde et apaisante. Il n’existe pas de mot pour le bleu chez Homère. Le ciel y est de bronze, la mer couleur de vin. Pendant des millénaires, les hommes virent la couleur sans la nommer. Puis un pigment changea tout. Il faut commencer par ce vertige : pendant longtemps, le bleu n’existait pas. Non pas que le ciel fût invisible, ni la mer absente du regard – mais aucune langue n’avait jugé utile de lui donner un nom propre.
Dans l’Iliade et l’Odyssée, Homère décrit le ciel comme « d’airain » et la Méditerranée comme « couleur de vin » (?!). Les linguistes ont longtemps débattu de ce mystère : le bleu était-il invisible aux Anciens ? Ou simplement innommable ? La vérité est plus subtile. Le bleu manquait dans la nature de ce qui était utile à l’homme primitif – ni les fruits, ni la viande, ni les prédateurs ne sont bleus. La langue ne nomme que ce qui compte. Et pendant des siècles, le bleu ne comptait pas.
Par François-Jean Daehn
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