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Vous avez dit « Mary Jane » ?

Longtemps cantonnée aux cours de récréation, la chaussure à brides s’invite là où on ne l’attendait pas : le vestiaire masculin. Retour sur un classique créé pour le roi Charles VIII.

La réinterprétation moderne et masculine de la chaussure à brides par Jacques Solovière.

On pense d’abord à la chanson de Joe Dassin. À cette pauvre Marie-Jeanne qui s’est jetée du pont de la Garonne, adaptation de l’excellent morceau de Bobbie Gentry. Le nom évoque aussi les années 70 et ses vapeurs de « weed », à cette « mari-juana » mexicaine qui ferait voir la vie en rose. Mais la « Mary Jane » dont il est ici question, ne se chante pas ni, encore moins, ne se fume. Elle se porte, ou plutôt, elle se chausse. C’est un modèle de soulier à brides et à bout rond destiné initialement aux enfants.

L’amoureuse de Buster Brown

Son nom provient de Buster Brown, une bande dessinée créée parRichard Felton Outcault qui figurait dans les pages week-end du New York Herald. L’amoureuse du personnage principal – un petit garçon facétieux issu de la haute bourgeoisie – était baptisée Mary Jane. Dans les années 1900, le patron de la Brown Shoe Company, dans le Missouri, décide de surfer sur le succès de ce « comic strip ». Il en achète les droits d’exploitation et produit les chaussures à brides des personnages. Le modèle deviendra emblématique et restera associé au prénom Mary Jane bien qu’il soit ensuite porté autant par les filles que les garçons. Peu à peu, la chaussure s’impose chez l’adulte mais exclusivement du côté féminin. Dans les années 60, la créatrice Mary Quant les fait porter aux mannequins Twiggy et Jane Birkin.

Des souliers en forme de patte d’ours

Les « babies », comme on les appelle en France, deviennent alors l’attribut des femmes libres et chics des sixties. Une tendance qui a fait son grand retour ces dernières années. Et, à la surprise générale, depuis deux ans environ, chez l’homme aussi. Shocking ? Pourtant, si l’on revient aux origines, il ne faut pas oublier que ce soulier spacieux en forme de « patte d’ours » a été créé pour un seul homme, plus précisément pour le roi Charles VIII, qui pouvait ainsi y faire entrer ses pieds à six orteils… Ce dernier, atteint d’hexadactylie, aurait même fait interdire les poulaines – ces chaussures très effilées (jusqu’à 60 cm) – pour que tout le royaume soit en babies. François Ier les portait aussi, tout comme Charles IX – d’ailleurs, on leur donne également ce nom aujourd’hui. Harry Styles, Justin Bieber, Tyler, The Creator ou Will Sharpe savaient-ils qu’ils arboraient la « Charles IX » lorsqu’ils se sont présentés, brides abattues, sur les tapis rouges ?

« Mary jane» ou « Charles IX »

Une chose est sûre, les créateurs s’en donnent à coeur joie. Les Mary Jane for men ont été vues dans les collections Gucci, Louis Vuitton, Wales Bonner mais aussi chez Jacques Solovière, GH Bass, Kleman ou encore Dr. Martens. Les caractéristiques des versions masculines ? Une tige dotée d’une fermeture à boucle avec deux ouvertures latérales en forme de « T». Précautions d’usage ? « Mary Jane » ou « Charles IX », quelle que soit son appellation, cette chaussure ne sied pas à tout le monde. Elle est même très « niche » pour ne pas dire clivante… Certaines versions sont plus faciles à vivre que d’autres comme le modèle « Jo » de Jacques Solovière, qui réinterprète le genre avec beaucoup d’élégance. Dans tous les cas, la Mary Jane offre enfin aux chaussettes leur quart d’heure de gloire.

Par Hélène Claudel


 

Extrait de la BD américaine Buster Brown dont provient le nom Mary Jane. ©Icom Images / alamy images.